Lettre ouverte adressée à son Excellence Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazwani, Président de la République Islamique de Mauritanie

0
1563
Boghé, une ville aux splendeurs passées certaines.

Par le professeur Alhousseynou Sy

“Mettre fin aux discriminations pour une Mauritanie une et indivisible”.

Excellence, à quand la fin de l’embargo imposé à Boghé ?

Son Excellence, je profite de l’opportunité qui m’est offerte pour vous présenter mes meilleurs vœux à l’occasion du nouvel an, nouvel an dont la sommation des chiffres correspond aux quatre points cardinaux qui doivent être à mon sens, le socle de votre magistère : l’Unité Nationale et la cohésion sociale, le règlement du passif humanitaire, la sauvegarde de l’intégrité territoriale et la pérennisation de la sûreté et enfin le décollage socio-économique avec le partage des richesses. Mais aussi, j’en profite pour vous interpeller au sujet du département de Boghé qui sombre depuis des décennies dans des problèmes savamment entretenus par l’État et ceci dans tous les domaines.

Érection de la ville de Boghé en capitale de Wilaya 

La ville de Boghé, sur le plan démographique, avec les soixante-six villages (66) qui gravitent autour, est stratégique : elle jouxte le fleuve au carrefour des grands axes routiers qui relient le Trarza au Gorgol et au Guidimakha d’une part et la route de l’espoir via le carrefour d’Aleg d’autre part, et n’a rien à envier aux autres villes du Sud (capitale de Wilaya).

Je rappelle que la ville de Boghé est à cheval entre les deux plus grandes vallées alluviales du pays qui avoisinent sept-mille hectares ; et l’exploitation et le transport des phosphates doit passer par là. Et pourtant la ville d’Akjoujt qui a le même nombre d’habitants que la commune de Djeol a été érigée en Wilaya.

La problématique de l’Eau 

La ville est abreuvée à partir de nappes hyper-calciques et salées et l’épandage d’engrais pendant bientôt quatre décennies, a entraîné une contamination des nappes par infiltration.Qu’attendons-nous donc pour alimenter la ville à partir du fleuve à l’image de Nouakchott, de Mbout et Selibaby ? Ce que veut Nouakchott pour l’eau et l’électricité de Manantali, Boghé le veut pour ses deux éléments.

  • Sur le plan sanitaire

La quasi-totalité des postes de Santé est fermée ; le personnel du centre de santé est déficient en qualité et en quantité et l’hôpital qui devait être le point de convergence des malades est inaccessible financièrement aux indigents. Pour illustration, les césariennes à sept mille ouguiyas (7000 MRU), les accouchements à deux mille (2000 MRU) et les évacuations à cinq mille (5000 MRU). À ce jour, l’hôpital ne dispose ni de budget de fonctionnement, ni de conseil d’administration, ni de comité de gestion. Les évacuations sur Aleg et Nouakchott continuent comme si de rien n’était. Où est donc l’utilité de cet hôpital qui devait soulager les malades de la contrée ?

  • Sur le plan de l’Éducation

Très souvent et tardivement, des contractuels sont mutés à Boghé avec pour mission de défaire l’Éducation de nos enfants.Leurs missions se limitent à faire recopier à longueur de journées, des textes en Arabe d’un niveau disproportionnel à celui des enfants et sans explication et advienne que pourra pour nos enfants pourvu que l’Arabe soit un gâte-pain pour notre communauté.

  • Sur le plan agricole
  • Au Casier Pilote de Boghé (CPB), nous sommes restés trois ans sans campagne agricole à cause de la prime fixe non versée, alors que la circulaire n° 329 du 13 mai 2013 nous exempte de cette prime.

Après moult chantages, le Président des pauvres se décide enfin pour nous dire que l’État a “épongé” cette dette au profit des paysans. À quand donc la rétrocession aux paysans de cette somme versée pendant dix ans de façon arbitraire, à raison de 110 000 MRU par an ?

Projet dit «Extension de la plaine»

  • Pour le projet dit « Extension de la plaine » pour une enveloppe de plus de huit milliards d’anciennes ouguiyas, la société qui a construit le barrage sur l’Oued Seguelil pour plus de six milliards -barrage qui s’est écroulé après deux heures d’écoulement-, est impliquée dans la mise en œuvre de notre plaine.

Après une seule campagne agricole, le cavalier du canal principal s’est érodé ; les canaux secondaires et les arroseurs manquent de déversoirs de sécurité ; il n’existe aucune piste latéritique et aucun axe de franchissement et aucun lien entre les arroseurs et les drains. La conception des parcelles est si défectueuse que les moissonneuses ont des difficultés de rotation entraînant des pertes allant jusqu’à 30% de la production.

Son Excellence, depuis le sommet de l’Union Africaine, le deuxième transformateur de 1250 KVA (l’autre étant de 400 KVA) a été amené à Nouakchott de façon définitive, et tout court-circuit peut entraîner la perte de six (06) électropompes. Sans ce transformateur, les électropompes ne peuvent pas irriguer toute la plaine.

Son Excellence, huit cents parcelles devaient être distribuées dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, à nos voisins nécessiteux, mais malheureusement, ces parcelles ont été distribuées à des hommes d’affaires, à certaines autorités et à des hommes de tenue et, pour créer l’amalgame, à des soldats négro-africains.

Certains hommes d’affaires tentent aujourd’hui de revendre ces lopins (de terre) créant ainsi une tension sans précédent entre les populations autochtones et certains à qui ces parcelles ont été attribuées et qui tentent de nous dicter la conduite de l’exploitation…

Son Excellence, l’administration locale, par l’intermédiaire du Hakem de la  Moughataa, tente de dresser les communautés les unes contre les autres moyennant des parcelles alors qu’il n’est pas membre d’une coopérative agricole à moins qu’il ne devienne un métayer. En effet, des gazras sont illégalement occupées par nos voisins du village de Mbalaadji au détriment des villages de Touldé, de Thidé et de Thiénel.

Le Hakem trouve par-là, la meilleure façon de venger son cousin mort à Boghé dans une tentative de razzia à main armée et il l’a dit publiquement au chef de village d’Abbaye, au cours d’une réunion de prise de contact. Pendant le passage d’une mission du projet des filières intégrées (PRODEFI) dirigée par Monsieur Mohamed Brahim qui s’est d’ailleurs offusqué, il a dit qu’il ferait obstruction aux activités agricoles de la plaine et il l’a dit en hassaniya, croyant que je ne maîtrise pas cette langue et qu’il dresserait le Ministre du Développement Rural contre les paysans alors que développement rural ne rime pas avec conflit rural. Est-ce que c’est ce genre de Hakem qui nous permettra de tourner certaines pages sombres de l’Histoire de notre pays ?

  • La divagation des animaux

Son Excellence, nous avons l’impression que nos champs constituent des pâturages pour les chameliers qui saccagent les cultures et tout chameau blessé naturellement ou délibérément est dédommagé et le propriétaire du champ arrêté…

À quand la fin de cette injustice ?

Il faut avoir la mémoire courte pour oublier que l’un des éléments déclencheurs et qui aurait servi d’alibi lors des douloureux événements de 1989 est un conflit entre éleveurs et agriculteurs… Et pourtant, en attendant la fin des récoltes, les animaux peuvent paître dans l’Aftout Es-Sahili ou à défaut au Nord du 17e parallèle.Notre Grande Gendarmerie ne pourrait-elle pas dans le cadre de la prévention des conflits surveiller le déplacement du bétail pendant les transhumances en attendant, une organisation parfaite du terroir ?

  • L’État Civil 

Tout est fait jusqu’à une période récente, pour décourager l’enrôlement des populations, par des brimades, les va-et-vient incessants pour des déshérités qui ne peuvent pas se payer les frais de transport et leur hébergement en ville à défaut de déformer nos noms.

  • Absence de méthodologie participative

Les populations bénéficiaires des projets ne sont pas consultées ni en amont, ni en aval d’où l’échec de ces projets. La gare routière en est une parfaite illustration, car construire une telle infrastructure dans une zone inondable, donc impraticable idem pour le stade construit dans une zone enclavée… Quand on ne consulte pas les spécialistes en urbanisme et en aménagement du territoire, l’on peut être confronté à ce genre de difficultés.

  • Absence d’infrastructures routières

Depuis l’indépendance à nos jours, la ville de Boghé ne bénéficie que d’une seule route asphaltée et s’il faut attendre les fêtes d’indépendance pour bénéficier de routes goudronnées, combien d’années les populations de Boghé devront-elles attendre ?

Son Excellence, malgré le génie de nos fils, le capital intellectuel, social, économique, politique, éducatif, sécuritaire, historique (…) consenti par les ressortissants de cette localité pour l’existence du pays, la volonté de nuisance est toujours là.

Pour illustrer cela, pendant les grandes cérémonies, les caméramen de la télévision d’État refusent de filmer les populations autochtones, tentent de donner une fausse image de la ville ; les officiels discutent avec des personnes non mandatées pour parler du quotidien de la localité.

Pendant la cérémonie d’inauguration de la plaine, un ancien Ministre a été bousculé, un officier supérieur à la retraite empêché d’occuper son siège, un autre interdit d’accès à la tribune officielle, le Président du Conseil d’Administration du GIE DYNN arrêté, de manière inélégante dans son argumentaire explicitant les contraintes auxquelles font face les paysans de la plaine de Boghé, ayant conduit à l’échec des campagnes agricoles précédentes…

Son Excellence, je pense que pour une Mauritanie une et indivisible, il y a nécessité de créer une discrimination positive pour Boghé (sensu stricto) et pour le Sud (sensu lato) en attendant la fin du couvre-feu médiatique car toutes nos émissions sont diffusées à partir de radios étrangères. /.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here